Accueil » Actualité » Forum de Davos: 50 ans de réunions entre “riches et puissants”?
Forum de Davos: 50 ans de réunions entre " riches et puissants " ? - © Tous droits réservés (RTBF)

Forum de Davos: 50 ans de réunions entre “riches et puissants”?

 
Temps de lecture : 4 minutes

 

Pourquoi Davos ?

En 1971, Klaus Schwab, un économiste allemand, crée le Forum.  A l’époque, l’objectif est de promouvoir un modèle de management européen. Selon l’article 3 de ses statuts : “La fondation œuvre pour améliorer l’état du monde via les collaborations entre public et privé. Ses membres identifient des problèmes au niveau mondial, régional et industriel, cherchent des solutions et quand c’est possible créent des partenariats pour agir.”

Schwab choisi Davos (12 000 habitants) pour son isolement, à 1560 mètres d’altitude, au cœur des Alpes suisses, dans le canton des Grisons, à l’est du pays. Il a toujours refusé le parallèle entre son choix de localisation et le livre de Thomas Mann ‘la montagne magique’ paru en 1923. Un livre qui raconte l’histoire d’un homme fasciné par les ” gens d’en haut ” vivant d’air pur et à leur rythme.

Une seule fois, le forum a été délocalisé. C’était en 2001 pour soutenir les Américains touchés de plein fouet par les attentats meurtriers du World Trade center. La conférence s’est déroulée à New-York. Elle a donné lieu à bien des tractations pour savoir qui allait payer pour la sécurité.

Les membres du Forum

1000 grandes entreprises en font parti comme ArcelorMittal, Veolia, Engie, Facebook ou encore Google. Chaque société verse une adhésion plus ou moins importante selon son choix. L’adhésion annuelle minimum est de 40 000 euros auxquels vous ajoutez 18 000 euros pour que votre PDG participe. Si vous le souhaitez et pour 100 000 euros, vous deviendrez ” Industry Associates “, pour 200 000 euros ” Industry Partners ” et au-delà de 400 000 euros ce sera le titre de ” Strategic Partners “. Des statuts offrant, évidemment, des privilèges et la possibilité d’envoyer plusieurs représentants.

Les participants officiels, dirigeants politiques, chefs d’état, sont eux, invités.

Le budget annuel du Forum tourne autour des 200 millions d’euros. La moitié pour l’organisation des forums (il n’y a pas que la réunion de Davos), l’autre pour payer le personnel.

Des années de changement

Confidentiel lors de ses 2 premières sessions, le Forum évolue en 1973. L’économie de marché subit alors un triple choc : pétrolier, l’abandon du système de taux de change fixe et la guerre du Kippour. Les participants se concentrent alors sur les questions économiques et sociales. En 1976, c’est la grande ouverture. Le Forum invite les 1000 principales entreprises du monde. En 1987, la conférence devient officiellement le Forum économique mondial, le World Economic Forum en anglais. Aujourd’hui, WEF est une organisation internationale visant à améliorer l’état du monde. Il emploie 700 personnes à Genève, Pékin, Tokyo et San Francisco. Parmi les 22 membres du conseil d’administration, on trouve l’américain Al Gore ou encore la française Christine Lagarde.

Une montagne de critiques

Le Forum de Davos est loin de faire l’unanimité. Perçu comme une réunion de riches et puissants capitalistes, il n’a pas bonne réputation. On le présente souvent comme ” le rendez-vous des maîtres du monde “, le ” forum où des milliardaires profitent luxueusement de la montagne entre amis “. Comme le déclarait l’écrivain et économiste français Jacques Attali : ” Il ne faut y voir rien de plus qu’une machine à café mondiale où des gens se rencontrent, bavardent, se serrent la main, échangent des tuyaux et s’en vont. ”

Ces critiques ne sont pas sans conséquences. Selon Jean-Christophe Graz, chercheur suisse, le problème d’image du Forum se traduit par une désaffection d’un nombre croissant de personnalités émanant aussi bien du monde des affaires que des hautes sphères de l’état. ” Depuis quelques années en effet, les géants du Web comme Facebook ou Google, ne prennent plus la peine d’y assister, ou y envoient une simple délégation. En revanche, pour les politiques, se montrer à Davos reste important. ”

Décide-t-on vraiment à Davos ?

Pas vraiment. Mais comme le soulignent plusieurs éditorialistes, on plante beaucoup de graines. C’est un échange constant de cartes de visite. Les discussions sont nombreuses puisque 400 sessions forment l’armature du Forum de 7 heures du matin à minuit mais c’est tout. Chaque année , la pertinence de Davos est posée. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à demander que l’événement soit repensé afin que les participants ne s’y rendent plus seulement ” pour voir et être vus, mais pour des débats de fond. ”

Et les activistes ?

La devise officielle du WEF – ” voué à l’amélioration du monde ” – hérisse pas mal les pionniers du mouvement altermondialiste (qui ont lancé un contre-Davos en 2001 à Porto Alegre au Brésil). Pour autant, nombreux sont ceux à ne plus vouloir se rendre en Suisse. ” Si j’allais à Davos ” explique Maxime Combes, de l’ONG Attac, ” ce serait derrière les cordons de police pour manifester, pas comme invité de ce grand cirque. ”

Winnie Byanyima, ancienne directrice exécutive de l’ONG Oxfam estime elle : ” C’est exactement l’endroit où il faut aller se confronter à l’élite mondiale. Convertir les gens, ce n’est pas mon affaire mais en tant qu’activiste je dois réclamer le pouvoir pour ceux qui n’en ont pas. Je ne suis ni naïve ni cynique.”

2020 sera climatique ou pas

Selon une étude réalisée par le Forum, les cinq premières préoccupations des chefs d’entreprises pour les dix prochaines d’années sont toutes liées à l’environnement, portant en priorité sur les événements météorologiques extrêmes et l’incapacité des gouvernements et du monde économique à prévenir le changement climatique.

Les organisateurs de Davos ont interrogé en septembre et octobre, 750 dirigeants d’entreprises et experts qui vont se retrouver pour cette grand-messe annuelle du monde économique et politique.

Ce rendez-vous sera d’autant plus important que la dernière conférence climat de l’ONU, la COP25 qui s’est tenue à Madrid en décembre, s’est achevée sans grande avancée pour répondre à la crise climatique.

 

  • RTBF Sujet du JT 19h30 de lundi 20 janvier 2020



0 0 vote
évaluer l'article
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
évaluer et laisser un commentaire.x
()
x